01 The Sun (mp3)

 

"Plonger pour mieux ramener à la surface, montrer pour donner à sentir ce qui ne saurait s'expliquer. Dans une approche profondément intuitive, je me promène dans ces confins où l'intrinsèque, ainsi révélé, apporterait la preuve d'un réel au delà de cette réalité des apparences que la société érige en monstres sacrés." F.K

Extrait de "Rien n'est éternel sauf les étincelles", livre d'art en soutien aux indiens Kogis
http://www.etincelles-lelivre.org/

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Interview Septembre 2015  http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article8951

 

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LA PHOTOGRAPHE  

(Fani Kanawati) 

par Jean-Marie Bellemain


La photographe marche. N’erre pas. Elle a le sens de la promenade. Presque perdu, le sens de la promenade, un relâchement. Assaillie par ses perceptions, ses sensations, ses émotions, ses sentiments, ses mémoires, à présent. Leurs conjugaisons conspirent avec sa complicité, à traquer le cadre. À l’instant il s’impose, elle déclenche. La pulsion photographique se libère. Un moment infini entre l’impression et l’acte. Tout un monde. Tout le monde.
La photographe marche. De nouveau. Impressionnée de l’expérience passée du moment décisif du sujet photographiant. L’impression qui se fixe en elle. L’impression qui se fixe sur la pellicule. C’est moi ça, pas tout à fait. L’impression qui se fixe en elle. Tout un monde. Autour. Tout le monde. C’est moi ça, pas tout à fait. C’est eux moi, pas tout à fait. C’est moi eux, pas tout à fait. Il en reste quelque chose. Tout à fait. Tous les mondes. Il y a quelque chose qui reste. D’eux. De la photographe. L’écho nécessaire, inexact.
La photographe marche. Assaillie d’échos. Elle projette ce qui reste avec l’écho. Elle gagne en lumière. Ce qui reste. Elle joue avec la lumière. Elle gagne l’écho nécessaire, inexact. Elle gagne en lumière. Son regard tisse un réseau de correspondances entre les mondes. Un réseau de voix. Un réseau d’échos. Un réseau de différences nécessaires. Un réseau de correspondances nécessaires. Elle gagne en lumière. Plus elle joue avec la lumière, plus elle gagne en lumière. Elle projette son regard. Elle gagne ce qui reste de soi. Regardant les mondes correspondre et se disjoindre pour garder ce qui reste. Qui reste en elle. Qui reste d’elle. Le mystique, à voir. Lui, désignant sa place dans le monde. Avec nous. La photographe marche. 

                                     

 
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Ateliers photo auprès d'enfants de 6 à 11 ans

Les enfants ont un regard emprunt de spontanéité, de magie et d'originalité. L'objectif est donc de stimuler cela au travers de challenges et exercices ludiques.
Tout en les initiant à la technique photographique, il s'agit de les amener à s'interroger sur le monde qui les entoure, sur le regard porté sur lui, sur les autres mais aussi sur eux-mêmes.
Les enfants y apprennent à jouer au mieux avec la lumière (naturelle ou de studio), à cadrer, composer une image, retoucher..
A travers l'initiation au portrait, ils se mettent à tour de rôle dans la position du photographe puis du modèle (seul face à l'objectif ou en groupe).  Par l'autoportrait, ils sont amenés à se mettre en scène, à exprimer leur singularité.
Au travers de thèmes choisis, ils s'amusent à raconter une histoire en images. Le roman-photo étant un moyen de les amener à y associer l'écriture. Titrer leurs images, d' élargir et affimer encore un peu plus leur regard tout en en saisissant davantage les contours et aspérités. En stimulant sa créativité, l'enfant est invité à proposer et développer sa propre vision des choses, son regard propre, son style particulier.

 

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Séances individuelles et collectives de "photo-thérapie"

 

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Fani Kanawati : Les motifs psychologiques de l’acte photographique

par Jean-Marie Bellemain

Quelque chose de la correspondance, parce que l’objet dénoterait alors de ce dont il est question ici : L’intimité. Je ne crois pas au moment décisif. Entre le moment où l’ensemble des éléments, des perceptions, des émotions, se combinent en interagissant mystérieusement avec le présent et les mémoires, et l’instant où la pulsion photographique se libère, il est toujours déjà trop tard. Un chiasme irréductible. Un temps de latence. Leur correspondance, l’immédiateté, est de l’instance du mythe, toujours différée, vouée à la « différance », et parce que tel, faisant un pacte impossible avec l’infini, avec l’impossibilité d’en finir, aussi.

Ce qui est de l’instance du mythe oblitère ce qu’il en est réellement du mystère auquel l’ensemble du travail nous initie à sa manière.
Dans le rapport de la pulsion photographique au sujet photographié, il y a cependant un moment décisif pour celui-là même qui prend la photo, le sujet photographiant en question.

Le rapport de la pulsion photographique à son sujet n’est alors pas en l’espèce de l’ordre de la relation d’objet, puisque c’est de la perception de soi qu’il s’agit. Ni de la mise en scène signifiante ou de la représentation narrative, ce que le contenu et la nature des photographies révèlent immédiatement.
Ni de l’ordre de l’icône qui peut être définie comme une représentation qui n’épuise pas la totalité de ce dont elle manifeste la présence, désignant le for intérieur de celui qui la regarde en raison de sa structure en perspective inversée.
Ni du côté du déplacement de la logique de l’icône vers la logique du désir dans la relation du simulacre au fantasme, puisqu’il n’y a rien ici qui fasse symptôme, ni répétition morbide.

C’est justement, la structuration et le cadre, très précis et travaillés de chacune des photographies et du rapport de leurs éléments aux significations différentes, qui constituent comme une syntaxe du sujet, qui assurent qu’il n’y a pas là symptôme, mais métaphore.
La métaphore suppose qu’une signification est la donnée qui domine et qu’elle commande l’usage des signifiants.
Le sujet en question nous dit comme : « Je ne me prends pas pour un autre ». Alors, chaque prise de vue est un acte poétique, une projection et une extension de soi, qui est aussi réversible pour toute personne, puisque s’attachant à autrui. Comment cela se fait-il ?
Quels sont les motifs psychologiques, non plus au sens des raisons, mais au sens des formes, de cet acte photographique ?

L’ensemble très dense est structuré selon plusieurs axes qui sont mis en oppositions dynamiques pour désigner comme un point mobile, dont la « topologie », la « topographie », n’est assignable que par métaphore.
Il y a tout un réseau de résonances, de correspondances et d’oppositions indicielles (êtres de lumières, êtres face à la lumière, visages non identifiables, répétitions de couleurs, silhouettes fantomatiques, effets de miroirs, silhouettes tournées à gauche, de face, à droite, silhouettes réelles avec des orientations répétées ou différentes, la réfraction, l’axe des visages, les fenêtres, les doubles, la comprésence de deux personnes, les couples, les rails, les vies parallèles….) qui se tisse entre les photographies.
Il y a d’abord une sorte de dynamique : Des personnes orientées vers le passé, ou l’avenir, qui marchent, ou sont dans des véhicules, dont on suppose qu’ils ne vont pas rester statiques, dont l’avenir est d’avancer, soit dans le sens inverse de la représentation de gauche à droite de la flèche du temps, soit dans le sens de cette flèche.
Il y a ensuite les inerties, faisant face à l’objectif, regardant vers la gauche, ou la droite du cadre, qui sont dans des rapports symboliques à la lumière et à l’environnement.
Puis viennent les rapports de réfractions et d’identification comme des silhouettes fantomatiques dont le rapport au temps s’inscrit de manières opposées les unes aux autres.
Viennent ensuite les images frontales de visages non identifiables, qui font écho à ces images de réfractions et qui signifient l’irréductibilité de l’hiatus entre l’image de soi, le moi, et la perception que l’on en a, et qui restent comme interdits l’un à l’autre, comme le symbolisent aussi les feux de signalisations pour la traversée des piétons.

Et enfin viennent des images qui sont autant de plans de coupes signifiants dans les séries, et établissent des ponts entres les correspondances, des parallèles signifié(e)s au cœur même des images, constituant et instituant l’unité de la série et du travail.

Une seule référence explicite est faite au moi dans une métaphore extrêmement forte et presque cannibale, en lien avec le sigle d’une bouche de métro, mais sur le mode de la réfraction qui n’est pas sans évoquer non seulement le sens latin du mot intuition (image dans un miroir) et la réversibilité possible pour autrui de la perception de soi exclusivement accessible par intuition.

La quintessence de cette expérience pour ainsi dire mystique au sens littéral du terme, c’est-à -dire de ce qui est caché et ne se révèle que par métaphore et demeure cependant le leitmotiv de ce travail, se manifeste dans une image en une formulation frontale :
« La lumière au propre comme au figuré guide mes pas, sur la terre, comme en mon for intérieur. »

                                      

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"Je n'ai pas souvent l'occasion de voir à ce point des visages et des corps prendre la parole. S'emparer d'elle pour se frotter à elle dans les plis et les replis de la syntaxe, au lieu d'être cet organisme de chair d'où la parole est expulsée comme une déjection.
Tel que je le perçois dans ces clichés, prendre la parole ne signifie pas seulement parler du corps, ni montrer que le corps du modèle, condamné au silence, est un corps parlant, intelligent. Le corps (j'y inclue le visage) devient ce verbe qui le meut et que ce corps ne prend pas la parole pour dire avec des mots ce que son langage silencieux serait incapable d'exprimer mais pour regarder en lui-même ce qui profondément l'anime, lui donne âme .. Inversement et peut-être essentiellement, il s'agit pour la parole de prendre corps.
En prenant le corps comme origine et comme fin, Fani nous permet de toucher du doigt que la parole prend corps au sens où il devient évident qu'elle est d'avance et depuis toujours moulée par ces corps que simultanément elle forme, conforme, enferme.
La parole donne l'échelle du corps par contact, par empreinte.
Ces prises de vues, ses variations saisissent et raccordent en même temps, elles sont la conformation du moment à un état du monde où le corps pense l'état des corps dans le monde et dans le temps. Tout est coulé moulé dans une même forme continue.
Merci Fani de m'avoir permis d'entrer dans cette intimité du corps qui pense." 

Philippe-Louis Coudray

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In The Eye of the Beholder by Drake Garnitz


If you were to meet Fani Kanawati, you would likely be struck by her openness and how easy it is to talk with her even though you’d only just met. You might find yourself telling her things you’d never consider revealing to anyone else, you’d feel that your confidences were safe with her. And you would be right. This is part of what makes her such a remarkable photographer. Anyone who views Fani Kanawati’s work soon realizes that they are glimpsing a world that they might not have seen otherwise. Completely self-taught, Fani has used the world around her as her school, driven by her own curiosity, creative spirit and compassion for human beings. That may be why one of the most notable aspects of her work is her ability to delve beneath the surface, to go inside her subjects and discover their essence. She accomplishes this in portraiture, in photojournalism and even in fashion — where her contemporary eye and her ability to engage the play of natural light add texture and an element of mystery.